Conseil musical : Autokratz- Stay the same
La dircom de l’Elysée s’affole. Deux annonces coup sur coup qui font l’effet d’une bombe sur Internet. Quelle idée de lancer un appel d’offre concernant une veille d’opinion sur Internet quant aux actions du gouvernement et dans le même temps de laisser Thierry Saussez balancer ouvertement sur Public Sénat qu’il « envisage la création d’une émission de télévision gouvernementale » ?
On repassera pour la pédagogie.
La blogosphère s’enflamme sur la première annonce. Tout le monde semble unanime et s’inquiète d’un éventuel fichage « à la Russe » des agitateurs d’opinions sur Internet. Mais savons nous seulement de quoi nous parlons ? Loin d’adhérer à l’ensemble des mesures gouvernementales, je me dois tout de même d’être plus modéré sur celle-ci. La mise en place d’une telle veille me choque bien moins que les réactions disproportionnées des internautes. Une veille est inoffensive, il en existe des dizaines sur tous les sujets, commandées par toutes les grosses entreprises et toutes sorte d’institutions. Il ne s’agit ni plus, ni moins que de rendre compte des mouvements d’opinions concernant un sujet donné, à l’aide de recoupements d’informations et de réactions des internautes vues sur des forums, des blogs, des sites, et tout support qui permet l’expression personnelle. Une veille est un outil qui sert à mettre en place une stratégie de communication sur les points sensibles de l’entreprise-l’institution. Ce n’est pas un outil de fichage –à l’image d’Edvige- mais un outil d’observation. Il est absurde de craindre ce type d’action gouvernementale. D’une part parce que ce type de pratique existe depuis bien longtemps, sous d’autres formes comme les piges de presse. Et d’autre part parce que depuis le début du mandat de Sarkozy on peut bien compter une cinquantaine de veilles de ce type. L’hypocrisie des internautes, et des bloggeurs et forumeurs en particulier tient du fait qu’en écrivant un commentaire sur n’importe quel site ils acceptent d’être lu par n’importe qui, y compris par une agence de veille. Je préfère envisager l’idée qu’un de mes commentaires soit pris en compte et qu’ainsi le gouvernement se rende parfois compte de ses erreurs, plutôt que de m’inquiéter prématurément d’un éventuel fichage.
On peut toujours rêver !
Je suis cependant nettement moins modéré sur l’idée de Thierry Saussez qui consiste à créer une émission de télévision gouvernementale. On peut opposer deux arguments principaux à ce genre d’initiative. Le Premier, si l’on était un infâme gauchiste, serait de parler de propagande d’Etat et d’un contrôle de l’information malsain. Le second, si l’on était une personne de bon sens, serait de penser un peu à France Télévision.
Et inversement.
En effet, la crise est déjà assez palpable entre un Christophe Hondelatte esseulé et un Julien Courbet contesté, pour ne pas en plus rajouter une émission qui pue le gouffre d’audience à 20 kilomètres.
En marge de ces annonces fracassantes, le plus beau reste tout de même ce gag de loi Hadopi traité en urgence à l’encontre des « pirates » informatiques. On ma soufflé aujourd’hui avec justesse, l’ironie de faire traiter ce genre de loi par des sénateurs dont la moyenne d’age approche les 70 ans. Quoi qu’il en soit le Sénat a adopté une cinquantaine d’amendements dont la possibilité de mettre une amende en lieu et place d’une coupure Internet. Seulement, la résistance virtuelle est d’ores et déjà organisée pour lutter contre cette future pratique. Et il a fort à parier que les enquêteurs auront bien du mal à remonter les adresses IP de ceux qui téléchargent le plus, car plus au courant des techniques de contournement. Au pire, ils sauveront sans doute des « pirates » pré-ados atteints de Kenza Farrite aigue ou de Christophe Maetose.
TF1 dans le sillage de cette loi, a également décidé d’agir contre ces nouvelles plaies, en partenariat avec le gouvernement. Ainsi, l’arrêt de la Star Ac et l’annulation de la tournée de cette fournée, dans un but thérapeutique, bien entendu, sauvera peut-être quelques brebis égarées au pays d’Universal… À moins que ce ne soit l’audience que la chaîne ne veuille soigner.
Avec le fichier Edvige et le plan numérique de Besson, force est de constater que les nouveaux médias prennent une certaine ampleur au cœur de la vie politique. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Face à cet assaut sur les nouveaux médias, il faudra en tout cas veiller à éviter que la liberté d’expression ne soit pas un dommage collatéral.
Ju